

Carnet de voyage
Contre la ville prévisible, la fatalité programmatique, le consensus qui mène la construction, il s’agit de retourner la méthode de construction de la ville : actuellement la forme suit la fonction, le programme vient avant toute chose comme élément fondateur du projet.
L’imprévu advient quand on a la possibilité d’investir, « de salir », de réadapter un lieu qui n’a pas été conçu « exprès » pour l’usage que l’on en fait mais qui possède pourtant des caractéristiques très définies de forme, matière, climat, lumière, porosité, acoustique, structure…
Le projet pourrait être conçu comme un « paysage » composé d’espaces sans fonctions prédéfinies ayant des qualités particulières et précises et offrant des possibilités variables. L’individu viendrait s’installer dans ces lieux, les investir selon ses besoins, les coloniser, les adapter. Comme un animal qui, ayant trouvé une coquille à habiter, se l’approprie complètement.
Le lieu viendrait avant la fonction.
Nous voulons le « mouvement en train de se faire ».
La ville produit la matière première du projet.
Le projet est un lieu qui collecte, digère, réinterprète la matière expirée par la ville et en fait la matière de sa propre constitution au fur et à mesure de l’apport urbain.
Le projet est le lieu de la transformation.
Le projet génère sa propre coquille à partir de la ville et de la nature.
Le projet varie dans le temps et l’espace en fonction des habitants du lieu, des aléas de la nature et des déjections de la ville.
Son échelle de temps nous dépasse, elle n’est pas à contrôler.
Il faut favoriser les frottements et les ambiguïtés entre la machine urbaine dure et brutale, et le lieu raffiné du plaisir et de l’inutile pour interroger notre rapport à la ville et à la nature dans le temps.
La machine à recycler fabrique un lieu souple dont les composants sont infiniment renouvelables. Elle génère des espaces en effervescence qui profitent du cycle et du recyclage pour muter, varier, se régénérer.
(Imaginons un marché ou un cirque.)
Le gouffre des voies nous place déjà dans une ambiguïté entre ville et nature, nous sommes happés par cet immense vide qui possède le calme et l’ampleur d’un espace sauvage et pourtant sa matérialité, le métal, les câbles, les trains sont des produits industriels répondants à notre identité de citadin.
Les trains, les rails mettent notre imaginaire en cheminement vers l’inconnu. Ils soutiennent aussi le parcours de la matière qui se transforme dans le projet.
Installation cdrom, vidéoprojection - images numérisées animées et vidéoprojetées - couleur - 0:01:00 loop - animation: Didier Lechenne - remerciement: Dagmar et Georges Daillant - France - 2001
"Il faut sortir de notre chronocentrisme" Joël de Rosnay, l'homme symbiotique
Il me semble que nous sommes enfermé dans un seul rythme, nous évoluons dans un temps unique que la société dans laquelle nous vivons nous impose.
Or, les rythmes qui nous entourent sont multiples et sont autant d'occasions d'être émerveillé, de se reposer, d'accélérer, de disparaître...
Le chronocentrisme nous empêche de voir le monde, nous fait passer à côté d'univers parallèles et poétiques.
Nous avons autant besoin de la vitesse et du chaos de nos métropoles que de l'apparent calme rangé de nos ville-musées, nous avons besoins de stabilité et nous voulons aussi sentir et agir dans l'instant, voir la transformation du monde au moment où nous sommes, agir sur notre environnement en s'appuyant sur les choses immuables.
Nous avons besoin de pouvoir rêver, d'imaginer un avenir lointain ou proche et toujours incertain, parce que nous avons besoins d'être libres, nous attendons l'inattendu.
Nous avons besoin de continuité aussi et d’inachevé.
Nous avons aussi besoin d’être en harmonie avec les rythmes de notre corps biologique.
Nous ne voulons pas être privé de l'incertitude, ni de la possibilité de changer de vie à tout instant.
Sommes-nous prisonniers de notre bulle de temps? Est-il possible de s'échapper vers les « ailleurs » et d’ « habiter » des temps parallèles ?
Vitesse, lenteurs, éphémère, immobilité, accidents… les temporalités sont emmêlées et syncopées.
Elie During parle de « mondes clignotants » et « temps désaccordés ». Le clignotement, c’est aussi l’éclipse ou la brève disparition évoquée par Paul Virilio (cf. l’éloge de la disparition).
N’est-ce pas dans le clignotement que se trouve l’ouverture de notre bulle ? Comme si la ligne de notre temps unique était soudainement discontinue. Une brèche presque insignifiante dans notre chronocentrisme.
Le clignotement c’est le vide, le noir, l’absence et le mouvement contenu dans l’instant et peut-être l’occasion de partir pour une durée indéterminée.
Le rythme et le devenir des objets mettent en avant ce décalage. (durée d’une cellule, d’un homme, d’un matériau, d’un bâtiment, d’une année lumière, d’une montagne…).
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Dans la ville, le passant aime aussi retrouver ce qu’il connaît, savoir que certaines choses seront ici dans 10 ans, presque intactes, lorsqu’il rentrera après une longue absence. Il retrouvera sa mémoire à travers ces lieux inchangés. Ceux-ci lui permettront de reconstituer l’image en entier, de noter les plus grandes variations. Il sera alors excité, angoissé, témoin de disparitions, de naissances… Il éprouvera la ville.
L'homme a besoin de sécurité. Savoir que son toit résistera. L'imprévu, l'accident lui font peur.
Nous n’imaginons pas une ville où tout est incessamment en palpitation, éphémère, instable. La ville continue à durer, à intégrer son histoire. Parfois ville de pierre, mais jamais pétrifiée.
L’évènement est nécessaire, l’imprévu, le peu commun. Mais c’est aussi le risque de sa perte. L’homme dans son quotidien, ses habitudes, dans l’ordinaire. La ville avec ses rythme, ses compositions, doit aussi intégrer ce qui est de l’habituel et de l’événement. Offrir un équilibre. Une multiplicité de rythmes.
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Le viel homme :«désigne moi le femmes et les enfants qui m chercheront, moi, leur conteur, leur porte parole, car ils ont besoin de moi, plus que tout au monde » Der Himmel Berlin
Je regarde « les ailes du désir » de Wim Wenders, je me pose la question de l’éternité. Cet ange qui veut devenir mortel et sentir les choses, éprouver.
Les bâtiments aujourd’hui ne savent plus vieillir, ils meurent avant d'avoir vécu. Le « durable » tente alors de les rendre invincibles: ils sont durs, imperméables.
Comment retrouver cette sensation de la vieillesse non pas en tant qu’être dégradé, agonisant, mais en tant qu’élément poreux qui imprime son environnement, et son histoire sur sa peau et dans toute sa profondeur?
Comment créer une architecture qui soit capable de vieillir, d’intégrer l’idée de variations dès sa conception, qui telle un être vivant soit marquée par son histoire?
Le manque de confiance en l’avenir est évident. Les œuvres sont imperméables, inattaquable, car l’incertitude du futur est dangereuse.
Patrick Bouchain critique d’ailleurs les architectes d’aujourd’hui : « Les architectes tentent de faire des ouvres de concepteur avec des projets qui leur ressemblent et ferment ces œuvres, les rendent rigides, pour être sur que personne ne puisse les transformer car ils n’ont confiance ni en leur commanditaire, ni en leur utilisateur. Cette architecture est donc une architecture d’exécution, ordonnée de manière autoritaire et réalisée de manière soumise. Il résulte généralement des conflits et une image terrible, celle d’une architecture morte avant que d’être née car dès le moment ou elle est finie elle n’intègre plus les changements de rapports et de désirs. Aujourd’hui les bâtiments se succèdent les uns aux autres tout comme les objets qui nous entourent, on les utilise et le jour on l’on est lassé on sen débarrasse, on les jette, puis on les remplace".
« Je vais vers la mort, pas comme un fou mais comme quelqu’un qui espère vivre » (Goethe).
Quel équilibre trouver entre la ville dure et figée et la ville-désordre où l’on se noie ?
Comment intégrer le mouvement, la vie, la liberté de l’instant présent là où la ville se fait rigide et glacée ?
Et si la ville devenait plus molle, plus tendre ?
On pourrait alors imaginer ces espaces-éponge où l’usager ressent la possibilité d’intervenir, dans un temps court qui correspondrait au « Kaïros », le temps de l’action dans la Grèce antique.
L’espace-éponge pourrait absorber et réagir en fonction des transformations de son environnement.
Quand la ville est désordre et déchirements nous avons aussi besoin de calme, d’immuable, qui rassure.
Parmi les rythmes syncopés d’une ville parfois trop violente, comment retrouver, une pause, un repère, un temps long et stable ?
Il s’agit de changer de rythmes.
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L'ange est devenu homme, mortel, fragile, vivant, vibrant.
« -Il était un fois.
Une seul fois et donc pour toujours,
le tableau que nous avons crée sera avec moi quand je mourrai.
-J’aurais vécu en lui.
-D’abord la stupéfaction de nous voir tous les deux,
La stupéfaction de nous voir homme et femme,
a fait de moi un être humain.
Je
Sais
A présent
Ce
Qu’aucun
Ange
Ne sait. »
Implant Matrix is an interactive geotextile that could be used for reinforcing landscapes and buildings of the future. The matrix is capable of mechanical empathy. A network of mechanisms reacts to human occupants as erotic prey. The structure responds to human presence with subtle grasping and sucking motions, ingesting organic materials and incorporating them into a new hybrid entity.
Implant Matrix is composed of interlinking filtering ‘pores’ within a lightweight structural system. Primitive interactive systems employ capacitance sensors, shape-memory alloy wire actuators and distributed microprocessors. The matrix is fabricated by laser cutting direct from digital models. Implant Matrix was installed at the InterAccess Media Arts Centre in Toronto.
"Before you go in, the whole piece will be quietly 'breathing', and parts close to you will start panting, feeding air to you, following your position."
BLDGBlog: Earth Surface Machine
Tropolism: Implant Matrix Installation
Cool Hunting
Networked Performence: An Empathic Matri
Le travail de Philip Beesley s'inscrit dans le courant "Responsive Architecture". Ses installations évoquent des biotopes technologiques, des organismes imprévisibles réagissant à notre présence. On se trouve immergé dans un autre espace-temps qui interroge le lien entre l'environnement et l'organisme. le rythme du mouvement est celui des temporalités biologique: respiration, palpitation, contraction...
Comme dans Lattice Archipelogics, l'individu dialogue avec un espace qui lui "répond" instantanément.
L'idée de "responsive environment" rejoint celle de Interactive Cities dans une volonté d'évolution et de mouvement variable.
animation: http://www.youtube.com/watch?v=0p-NNDfoxUc