Nous voulons le « mouvement en train de se faire ». Nous voulons qu'il se réalise en interaction avec le quartier, le lieu et ses habitants. La ville nourrit le projet qui nourrit la ville à son tour. Le projet échange avec son environnement urbain, naturel et humain.
La ville produit la matière première du projet. Cette matière est issue de nos systèmes de vie, nous la produisons en permanence.
Le projet est un lieu qui collecte, digère, réinterprète la matière expirée par la ville et en fait la matière de sa propre constitution au fur et à mesure de l’apport urbain.
Le projet est le lieu de la transformation.
Le projet génère sa propre coquille à partir de la ville et de la nature.
Le projet varie dans le temps et l’espace en fonction des habitants du lieu, des aléas de la nature et des déjections de la ville.
Son échelle de temps nous dépasse, elle n’est pas à contrôler.
La matière urbaine se confronte à la nature qui participe au traitement de la matière. La nature purificatrice est aussi la nature qui nous plonge dans des rythmes biologiques. Une nature envahissante, joueuse, au comportement sauvage et imprévu.
Il y a la peur de la matière urbaine, la violence des rejets non maîtrisés. Il y a la souplesse et l’inattendu d’une nature qui meurt, s’adapte, se faufile, se rebelle. Il y a aussi entre les deux, la fragilité humaine et la précarité de notre situation.
La chaîne de transmutation des déchets entremêle différents programmes en fonction des paramètres nécessaires à chaque étape. Associée à la nature elle devient un jardin d’agrément, au bruit, un lieu de liberté sonore, etc.
Il faut favoriser les frottements et les ambiguïtés entre la machine urbaine dure et brutale, et le lieu raffiné du plaisir et de l’inutile pour interroger notre rapport à la ville et à la nature dans le temps.
La machine à recycler fabrique un lieu souple dont les composants sont infiniment renouvelables. Elle génère des espaces en effervescence qui profitent du cycle et du recyclage pour muter, varier, se régénérer.
(Imaginons un marché ou un cirque.)
Notre site le long des voies du 18ème se prête à un tel projet. On y sent une animation étouffée qui émerge parfois dans le petit marché de la rue de l’Olive ou à travers quelques commerces. Il y a ici une énergie et une diversité qui se cache derrière la ville rigide et qu’on ne fait qu’entrevoir furtivement. Il s’agit de catalyser cette activité humaine chaleureuse, de favoriser les échanges, les rencontres et la survenance d’événements.
Le gouffre des voies nous place déjà dans une ambiguïté entre ville et nature, nous sommes happés par cet immense vide qui possède le calme et l’ampleur d’un espace sauvage et pourtant sa matérialité, le métal, les câbles, les trains sont des produits industriels répondants à notre identité de citadin.
Les trains, les rails mettent notre imaginaire en cheminement vers l’inconnu. Ils soutiennent aussi le parcours de la matière qui se transforme dans le projet.
Comment le projet peut-il s’incérer entre le vide et le plein, questionner les limites de notre intervention sur la ville et sur la nature ?